Mon fils, ma bataille

Il y a quelques années, j’écrivais ceci



« Je suis la maman d’un enfant qu’on enferme.

Izan mai 2015


Aujourd’hui je pleure et me retiens de ne pas hurler ma souffrance, je suis déchirée, anéantie, partagée entre un semblant de soulagement et une incroyable peur de l’inconnu. Personne ne peut mesurer l’ampleur de ma souffrance. Je n’en montre aux autres qu’une partie et je garde l’autre pour moi…aujourd’hui j’ai pleuré et enfouit mon visage dans un coussin pour ne pas m’entendre hurler de me rendre mon enfant.

Olivier part, loin de moi, dans un univers où les portes se franchissent un trousseau de clés à la main. Olivier part en unité pour malades difficiles, oui, Olivier est dangereux pour lui …pour autrui…Olivier va mal, même s’il ne le sait pas.
Et je ne peux m’empêcher de penser à ce « non avenir », à mon enfant de 21 ans qui ne demandait qu’à vivre et qui vivra à double tour, entre activités et contentions. Je ne sais pas où tout ça va nous mener, aujourd’hui malheureusement je ne sais plus, je ne crois plus. Je sais juste que, quand je lève les yeux sur cet endroit où il a passé ces 2 dernières années, quand je pense à l’endroit où il s’en va, je ne peux faire autrement que de comparer ces lieux à des cercueils où l’on enferme mon enfant…vivant. Et putain que ça fait mal bordel !!! Il a rien demandé lui, il ne méritait pas ça !!
Parce que comme tout enfant, mon enfant est le plus beau du monde. Mon enfant a ce sourire qui vous fait fondre et ce regard empli de charme…quand sa tête le veut bien. Qu’il est doux et bon de le prendre dans mes bras, de l’embrasser…quand sa tête le veut bien.

Je suis sa maman ! Qu’on le veuille ou non, qu’on le croit ou non,  j’ai toujours agi et j’agirais toujours comme telle, depuis son 1er souffle jusqu’à mon dernier.
Rien n’a été simple, rien n’a été choisi, cette vie, lui et moi l’avons subi. Ce n’est pas moi qui me suis entêtée, ce n’est pas moi qui ai fait une erreur de diagnostic, ce n’est pas nous qui sommes restés butés, fermés comme des huîtres, puant d’un orgueil si surdimensionné, se croyant détenteur de la pensée unique et vraie.
Mais c’est sur moi qu’on a craché à la gueule, c’est nous qu’on a pointé du doigt, c’est moi qu’on juge « indigne » « mauvaise mère » et j’en passe, c’est moi qui « mérite ce qu’il m’arrive », c’est moi qui doit me remettre en question parce que, certains portés par des bondieuseries infâmes ont cru utile de préciser que « s’il est comme ça ; c’est que dieu l’a puni pour ce qu’elle a fait ? » et j’ai fait quoi moi ? Un enfant avec un homme que j’aimais,  ni plus ni moins, avec un homme avec ses défauts et ses emportements qui dérangeait sans doute mais qui vous emmerdait copieusement, ça je peux vous l’assurer ; nous étions un couple, il n’a pas duré certes mais ça c’est notre histoire à nous, à moi, à Antoine et à Olivier, à personne d’autre. J’interdis quiconque de la juger !

Mon erreur, ma seule grave erreur est de n’avoir pas suffisamment cru en moi, en mon instinct, de ne avoir pas cru assez fort en moi quand cet instinct me disait que quelque chose n’allait pas, qu’on n’était pas dans la bonne direction. Mon erreur, c’est d’avoir surveillé cette putain d’épilepsie parce que je savais qu’il le fallait mais de n’avoir pas gueulé assez fort quand je réalisais qu’on écoutait pas ce que je disais ; de n’avoir pas frappé du poing sur la table face à ces « oui mais nous on sait bien, il faut nous laisser faire ». Un jour, sans aucun doute, je viendrais vous cracher à la gueule de toutes mes forces, de toute ma haine…et vous en rirez sans doute comme vous l’avez déjà fait.


Et vous là, vous qui m’avez jugé parce que je tenais debout, parce que, tout bas, je disais « c’est pas possible, ça ne va pas, il faut pas en rester là, je sais que ça ne va pas ». Vous qui pensiez que le dos tourné, je ne vous entendais pas, que je ne voyais pas vos regards pleins de mépris et de suffisance, vous qui avez pensé que je n’étais pas finie, que j’étais folle et inadaptée. Vous qui n’avez rien vu au-delà de ma carapace. Au-delà de ce que je veux bien vous montrer. Vous qui avez jugé sur mes kilos en trop, mon humour, ma vie, sans savoir, sans chercher réellement à aller au-delà. Vous qui m’avez accordé tant de mépris au fond je vous remercie car je n’ai rien lâché, je suis tombée certes mais je n’ai rien lâché ; je vous ai haï tellement fort que ça m’a donné la force de me relever, ça m’a donné l’envie de croire en moi, en lui, en un jour où enfin je serais écoutée.


Alors oui, c’est arrivé tard, trop tard sans doute, avec bien des années perdues, avec un olivier perdu dans un monde à lui, dans sa bulle bien loin de la réalité, dans sa réalité qui est la sienne, faite de violence, d’incompréhension et de contentions.

Mais il est arrivé ce moment où je me suis sentie soutenue, ce moment où le grand savoir fait place à la remise en question, où l’on admet qu’on se trompe peut être, où l’on observe juste l’humain, où on laisse place au ressenti, à l’émotion, et où, miraculeusement, on retrouve le bon chemin…trop tard.
Alors merci, merci à ces 2 personnes, que je ne nommerai pas aujourd’hui mais qui ont su pleurer avec moi dans un bureau, qui ont su trouver les mots, créant en moi ce mélange de colères et de réconfort à la fois. A ces personnes qui m’ont rendue ma place, mon rôle et ma vie. Jamais je ne saurais les mots pour vous exprimer ma reconnaissance. Je ne peux dire que MERCI. MERCI pour Olivier. Alors oui, Olivier est désormais un enfant qu’on enferme…mais vous avez essayé de réparer, vous avez et allez, je le sais, pleurer avec moi. Pour tout cela, et pour la suite je vous en remercie du plus profond de mon cœur et de mon âme. Vous avez essayé, vous y avez cru et c’est tout ce qui compte.

Olivier, si tu savais à quel point je suis fière de toi. Si tu savais à quel point je m’en veux mais combien je t’aime. Si tu savais combien je voudrais pouvoir changer les choses. Tu es différent, oui mais tellement plus pur à mes yeux que ces gens qui nous ont bousillé ta vie. Tu es de ce qu’on dit dangereux, mais tu ne l’es pas, ils t’ont rendu ainsi… ce n’est pas ta faute, ce n’est pas la mienne alors laisse moi vivre la haine et toi, garde juste ton innocence.

Merci à Olivier, à mon homme et ma fille d’être ma force aujourd’hui. Je suis lasse, un genou à terre mais encore un peu debout. Et j’vais me relever parce que je crois en nous 4. Malgré les kilomètres et les tours de clés, les galères et les embûches, je ne lâcherai pas parce que je vous ai VOUS et que je vous aime plus que tout au monde.
Merci à mes amis, rares mais si précieux, sans jugement et plein de bienveillance, merci à ma nièce d’être là pour Oliv et merci à ces rencontres, à ces hasards de la vie, qui font que malgré tout, la vie est belle !!!
A l’amour et à la Vie !                                                                                                                        Iza »

C’était il y a 5ans
Aujourd’hui les choses ont un peu changé


Ok mon oliv’ tu es toujours enfermé et tu le resteras encore …longtemps
Mais tu vas mieux, quelques autres séjours à UMD certes et tu vas mieux !!!

Aujourd’hui, nous nous voyons aussi peu mon Oliv,

Ô combien mon amour pour toi ne cesse de grandir

Ô combien je ne cesse de dire ma fierté d’être la maman d’un X-Men,
De mon extra ordinaire de fils à moi , d’une normalité différente, comme sa mère

Alors ok on a mis des choses en place, des actions, des soins, du côté conventionnel ,
Et un peu du mien, et nous y reviendrons…
En tout cas je vais continuer et m’y consacrer un peu plus.
Pour toi et aussi pour ta sœur et moi .


Tu sais oliv’, t’es un putain de sacré mec et ce qui ne l’ont pas compris, ne savent juste pas combien il ne t’arrive pas à la cheville
Tu sais quoi en fait, ils sont jaloux, ils n’ont pas notre force et ne l’ont jamais eu.

Tu sais quoi mon homme, ces derniers temps j’ai un ptit projet qui me trotte dans la tête, il te concerne et il me fera du bien parce qu’être ta maman et celle d’Amaia c’est un de mes plus beau rôle certes , mais c’est un des, à côté il faut que j’existe aussi, pour encore mieux nous porter plus haut

Alors si tu veux bien, on va se dire un truc toi et moi, notre histoire on va la continuer, et de temps en temps, on leur donnera quelques infos
Sait on jamais, peut -être bien que ça les aidera un peu, ou ça éclairera des chemins…dans tous les cas

Olivier, stp, tu veux bien continuer à leur montrer le chemin là bas? tu veux bien continuer à leur montrer ce qu’est qu’aimer au delà de tout, au delà des yeux
Et moi j’m’occupe de et du dehors, de toute façon on est une équipe, depuis le 1er jour, depuis tellement longtemps

Allez viens on chevauche les dragons, et Heren suge et on lance la nouvelle saison de notre histoire qui de toute façon finira par

« – Allez Go maman , jo !!

Jo olivier, jo aintzina, maite zaitut tellement »

Izan
11 Décembre 2020


2 réflexions au sujet de « Mon fils, ma bataille »

  1. C’est beau et c’est touchant. C’est l’histoire de ta vie, de votre vie. Et si elle permet d’ouvrir des yeux restés clos, alors tu auras déjà gagné une bataille.

  2. Ton écriture traduit magnifiquement ton amour inconditionnel et cette souffrance quotidienne qui veille en toi. Tu es une mère comme il se doit aimante et bienveillante envers ses enfants. Envers et contre tous mais toujours avec tes enfants, tes amours, ta force. Tu es une femme formidable et j admire ton évolution.

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